D. Les sous-systèmes

L'environnement interne

Fonctionner

Des inputs aux outputs

Un système a besoin de remplir certaines fonctions.
Elles lui permettent de transformer les ressources consommées :
  • en produits (sorties) ;
  • en relations (en quelque sorte "produits de deuxième niveau" : des processus qui émergent du fait que d'autres systèmes de l'environnement utilisent en input ce que votre système produit) ;
  • en lui-même : exister et faire exister ses processus internes, maintenir tout cela, le faire évoluer.
D'ailleurs, la façon de produire et de générer des relations est aussi un peu lui-même (même si son identité est aussi plus et autre chose que ça, elle en émerge, donc en est delativement interdépendante).

A vous de recenser les fonctions qui "font" chacun des 2 systèmes que vous modélisez :

Des fonctions primaires

Celles que partagent pratiquement tous les systèmes autonomes :
  • Se maintenir distinctement du reste de son environnement (c'est une fonction que vous avons déjà nommée métaphotiquement "membrane")
  • Se "nourrir" (une entreprise a besoin d'argent, etc.)
  • Se déplacer (pour certains systèmes)
  • Percevoir les changements de son environnement
  • ... ?

Des fonctions qui viennent directement s'y greffer

Celles ci-dessus assurent la survie momentanée du système.
Pour durer au-delà d'un certain seuil (la survie de base, ça ne dure qu'un temps : après, il faut choisir entre se développer plus ou se dissoudre), elles ont elles-mêmes besoin d'être relayées par d'autres, comme :
  • Produire : produire des choses utiles à l'environnement, ou, plutôt, à d'autres systèmes précis de l'environnement proche.
  • C'est un moyen nécessaire pour se faire une place (minimale)
  • Obtenir de la reconnaissance (pour assurer cette place, et la maintenir - voire la développer) : légitimité, image extérieure, ...
  • Ce qui nécessite de développer des capacités relationnelles (une sous-fonction commerciale sert aussi à ça ; mais elle n'est pas la seule) ;
  • ...

Pour quoi cette précision ?

Pour vous aider à trouver les fonctions effectives

Des fonctions + avancées

Nous entrons à la limite entre le besoin et l'utile non vital :
  • Une équipe peut tirer profit d'un bon système de motivation, qu'en pensez-vous ?
  • Un projet nouveau peut avoir besoin d'un bon sous-système de génération de solutions (capacité de créativité et méthodologie pour la cadrer)
  • Les relations peuvent être stratégiques
  • La perception de l'environnement peut devenir plus large, plus ouverte, plus complexe, plus rapide, ...
  • Le besoin de sécurité peut muter en (ou s'enrichir de) un système apprenant, capable de transformer les défis en leviers, et permettant donc au système d'arrêter de se protéger en se terrant ou en se conformant (troupeau, hiérarchie, discipline incontournable, normes diverses, ...) et de préférer se sécuriser en sachant comment gérer et transformer les risques.
    Oops ! Voilà bien une capacité que beaucoup de systèmes - individuels, comme des gens bien en vue ; collectifs, comme des entreprises de renommée mondiale ; politiques, comme beaucoup de gouvernements - n'ont pas encore fait la démonstration !
  • ...

Les fonctions et les éléments physiques

Une erreur fréquente des premiers modèles tracés par un systémicien consiste à prendre les constituants "évidents" présents dans le système comme étant des sous-systèmes : par exemple, une équipe de 5 personnes modélisée ferait apparaître 5 sous-systèmes, chacun représentant une personne. Ou une entreprise serait décomposée en ces "services", conformément au message que délivre aveuglément l'organigramme officiel.

Ce n'est pas grave ! Quelques repères vous permettront de mieux cerner les sous-systèmes effectifs.
Voir +

Fonctions et finalités

2 concepts proches

Nous avons distingué :
  • l'approche "fonctionnaliste" : centrée sur les fonctions officielles, elle est surtout inspirée d'une pensée analytique (incluant ce que l'on appelle aussi, en épistémologie des sciences, le "réducitonnisme") ; et cette pensée réduit les processus fonctionnels à des sortes d'objets, pour mieux les identifier et en cerner les propriétés intrinsèques. Le problème est que la plupart des propriétés effectives ne sont pas intrinsèques mais émergent des interactions ;
  • et l'approche fonctionnelle : c'est une approche centrée sur les processus, les interactions, et ce qu'ils produisent, font émerger. Le management le plus récent est très axé sur les processus et leurs finalités.
Une lecture illustrative utile

Pour vos modèles, vous pouvez donc :
  • Sur le système déjà existant : repérer, dans une optique fonctionnelle, de quels sous-systèmes et capacités propres il s'est doté EFFECTIVEMENT. Cela ne veut pas dire que ces sous-systèmes soient toujours pertinents, ni que cette répartition des ressources soit la plus aboutie, la plus efficiente possible pour servir ses finalités... En effet, certains sous-systèmes effectifs pourraient bien prendre trop de place ou ne focaliser l'attention du système que sur certains produits, ou encore ne pas savoir utiliser certains ressources. Nous y veindrons page suivante
  • Sur le système que vous créez de toutes pièces : toujours en gardant à l'esprit votre vision fonctionnelle, cherchez quelles sont les "sous-finalités" qui permettront à votre système d'atteindre ses finalités globales. Puis bâtissez un sous-système dont la mission, la raison d'être est d'assurer une partie du chemin vers la finalité globale.

Un peu de méthodologie et d'éthique

Un exemple

Si un système-projet a pour finalité de commercialiser un objet nouveau,
  • il a besoin de produire cet objet (donc, a priori, un sous-système de production physique) ;
  • et pour cela, il a besoin de l'inventer ;
  • et donc, de créativité (dons un sous-système de créativité) ;
Mais pour l'inventer, il a besoin de nombreuses autres ressources :
  • connaissances : donc une sous-système dont la mission est de rassembler et généraliser des connaissances (souvent éparpillées, localisées et implicites) ;
  • motivation : pourquoi les gens iraient-il se lancer sur quelque chose qu'ils ne connaissent pas et un projet qui ne les sécurise pas forcément ? Donc, un sous-système de motivation ;
  • qui lui-même a besoin d'informations sur la vision (pour la partager), la stratégie, le sens : donc un sous-système dont la mission est de partager de l'information et d'en tirer du sens ;
  • etc.
Une fois ces sous-systèmes, ces fonctions repérés, vous pourrez noter que certaines formulations peuvent très bien se fondre dans d'autres : ici, par exemple, le sous-système de création de sens et celui de motivation pourraient bien être équivalents : leurs processus sont communs, leurs finalités aussi.
Notez qu'il n'y a pas des ingénieurs d'un côté ni des ouvriers de l'autres : l'approche fonctionnelle orientée par les finalités est suffisamment souple pour laisser une marge d'invention de façons de faire très large.
  • Toutes sortes de salariés pourraient participer à la fonction (au sous-système) de créativité, et même d'invention, ou de motivation, ou encore à un sous-système stratégique (pour la diffusion commerciale après la production) ;
  • Des systèmes extérieurs pourraient même être mis à contribution (certaines de leurs ressources arrivent donc en input pour nourrir certaines fonctions) : dans une logique de "management par les processus", les clients peuvent être sollicités (et les fournisseurs aussi) pour participer à créer le produit ou le service visé ! C'est une bonne manière de rester centré sur la finalité consistant à répondre à leurs besoins...

Enfin, vous pouvez noter que le fait d'avoir recensé les sous-systèmes vous ouvre à la question : et de quoi ce sous-système a-t-il besoin (ses propres inputs) pour produire ce que l'on attend de lui (ses outputs) ? C'EST LE MOMENT DE PRÉCISER ou compléter LES RESSOURCES QUI ONT BESOIN D'ARRIVER EN ENTRÉE DE VOTRE SYSTÈME GLOBAL (en reprenant votre schéma).

Puis, pour boucler, vous pourrez vérifier que, pour chaque sous-système que vous conservez, sa finalité est claire et directement branchée sur la satisfaction d'un besoin :
  • directement du système global
  • ou du sous-système suivant dans la chaîne de processus à suivre jusqu'à répondre à la finalité du système global.

Exister en soi est-il une finalité légitime ? :-)

Une question soulevée par l'existence des sous-systèmes (et l'optique fonctionnelle centrée sur les finalités)
Notez que LE SYSTÈME global ne demande guère à ses sous-systèmes d'en faire trop pour se produire eux-mêmes. Il attend d'eux un résultat pour lui, point final.
Dans l'optique proposée par la lecture suggérée ci-dessus, une entreprise peut très bien chercher à se maintenir, tout en modifiant radicalement ses sous-systèmes de temps en temps (mais surtout pas l'inverse).

  • Dans sa logique à lui, il a une identité ; et une bonne partie de son activité consiste donc à se maintenir, même si son envrionnement ne lui accorde pas la légitimité qu'il voudrait.
  • Tandis que pour ses sous-systèmes (qui sont pourtant des systèmes à part entière, tout étant question de zoom), son attitude est très différente : sa logique le conduit à estimer qu'ils n'ont qu'à produire ce que leur mission leur confie, mais surtout pas consommer des ressources uniquement pour se maintenir eux-mêmes coûte que coûte.
Autrement dit, lui veut rester et développer sa robustesse, et il attend de son environnement qu'il accepte cette motivation en tant que telle ("j'ai le droit d'exister en tant que tel !"). Tandis que lorsque c'est à lui de tenir de rôle d'environnement, vis-à-vis de ses sous-systèmes, il leur refuse ce même droit qu'il revendique pourtant pour lui-même !

CHAQUE NIVEAU DE SYSTÈME A SA PROPRE LOGIQUE. Et un système traite les systèmes plus larges (environnement) ou plus circonscrits (sous-systèmes) de façon plus utilitaires.
Aller + loin dans la réflexion générale