Un petit exemple synthétique

pour illustrer les prises de décisions
Ce qui peut me paraître une action merveilleuse pourrait bien être contre-productif.
Ou, à l'inverse, ce qui peut me paraître pas rentable ou carrément fou peut être justement l'action qui portera les plus beaux fruits que je puisse attendre.
Dans certaines conditions...

Jusqu'où mesurai-je cet impact ?

Imaginez. Je suis un système complexe, une petite entreprise, par exemple.
Et, grâce à certains de mes sous-systèmes créatifs, je viens de lancer un nouveau service très, très innovant.
A priori, avec ça, je vais complètement redistribuer les cartes sur le marché. Je vais prendre 3 tours d'avance, même sur les plus gros de mes concurrents.
Dans mon modèle schématique, je perçois effectivement que l'impact (outputs) va rapporter beaucoup de ressources nouvelles (inputs), ce qui va dynamiser mon développement, renforçant ainsi ma présence et la dimension que je vais pouvoir offrir à ce service, maintenant ainsi mon avance... Une boucle créatrice de valeur !

Mais d'autres informations viennent complexifier ce tableau idyllique.

Trouble-fête = facteurs d'évolution potentiels

2 empêcheurs de boucler en rond pourraient bien jouer les trouble-fête :

  • 1. Je le sais, je damme le pion à de gros concurrents. Seulement, eux ont des voies (outputs) directement branchées sur les médias, d'une part (un gros système !), et sur une institution qui édite les normes dans le domaine dans lequel j'arrive avec les gros sabots de mon innovation.
Suite de l'histoire : les médias écrasent mes velléités et mettent en doute la qualité, la pertinence ou la crédibilité de ce que je propose, ou carrément nient l'existence de mon produit ou la mienne, tout en focalisant sur les "merveilles" de mon concurrent ; c'est ce qui s'appelle couper l'herbe sous les pieds ! Ah, les c... ! Et, par ailleurs, ce grand groupe fait pression sur l'institution de normalisation : et les nouvelles normes recèlent des critères (armés d'arguments "rationalisants" eux-même très normatifs et peu ouverts à l'évolution créatrice) qui mettent sur la touche, d'office, mon produit-phare. La boucle est bouclée !

Mais ce scénario n'était heureusement qu'une anticipation. Conscient de ces implications probables en l'état actuell du système et de ses interactions, je me dote :
  • De nouvelles relations avec mon environnement : par exemple, ayant pris conscience de ma nullité quant à ma marge de manœuvre vis-à-vis des médias, je m'attache à mieux les connaître, comprendre ce dont ceux qui écrivent, présentent, publient, trient ont besoin. Puis je propose des outputs orientés vers leurs inputs. En PNL, on appelle cela de la synchronisation.
  • De nouvelles fonctions-capacités : je me transforme, partiellement, de l'intérieur. Jeune entreprise, je cultivais déjà une certaine flexibilité et auto-inventivité ; cela me sert, ici, à faire émerger en mon sein de nouveaux sous-systèmes, dont certains me permettent de mobiliser les ressources nécessaires aux actions de l'alinéa précédent, et d'autres à inventer une capacité de résistance nouvelle, toute en souplesse (j'avais le choix entre transformer ma membrane en carapace, ou bien en un fluide filtrant, nouveau et mobile ; j'ai choisi cette seconde option qui préserve ma souplesse et mon ouverture et me permet d'esquiver les conflits frontaux - cf. le pot de terre et le pot de fer - et de leur préférer l'aïkido), ou encore, d'affiner mon produit pour qu'il intéresse rapidement et en masse, de façon à atteindre un seuil critique avant que les concurrents n'aient eu le temps de réagir ; et, enfin, en lui laissant la possibilité de se référer à d'autres normes que celles de départ, en cas de besoin...

Et l'autre trouble-fête ?
  • 2. Une association de protection de l'environnement pourrait bien me rentrer dans le lard... Ce qui pourrait nuire gravement a) à mes inputs, et b) à mon fonctionnement interne, si certains de mes sous-systèmes étaient d'accord avec cette objection environnementale.
    Parce que ces produits de la consommation de mes produits pourrait avoir une incidence que je n'avaix pas prévu (des déchets, en quelque sorte, ou des répercussions, éloignées mais importantes, sur les comportements des gens). Certains de mes sous-systèmes ont fait émerger en mon sein un "problème de conscience" (une petite entreprise indépendante peut donc avoir une sorte de "conscience" ?) ; et, parallèlement, en lien avec un autre sous-système nommé "créativité débordante" qu'ils savent déjà canaliser, ils ont mis en place un organe de perception focalisé sur l'environnement : un nouveau "sens" (sensoriel) de l'organisme vivant que je suis. Un peu comme si, soudain, un organisme bien-entendant mais aveugle s'inventait une façon efficace et évolutive de voir. Cet organe (un autre sous-système, émergeant) va me permettre de percevoir des informations stratégiques nouvelles. Et il va alimenter ma machine à inventer/finaliser/adapter mes produits.
    Résultat : je mets en place un critère supplémentaire dans tout ce que je crée et qui implique une nouvelle responsabilité environnementale (ce qui, en retour, différencie encore plus mes produits et les valorise, même, aux yeux des personnes et organismes sensibilisés aux enjeux du développement durable) : tout le monde y gagne !
Mais que se passe-t-il ? Après un certain temps à ce petit jeu créatif, je viens de m'apercevoir que... j'ai changé ! J'étais une petite "start'up" naïve et dynamique, dotée de beaucoup de ressources et de méthodologies puissantes mais que je n'exploitais que dans certaines directions et pas d'autres. Et, tout d'un coup, je me découvre une capacité de prendre plaisir à une vie plus médiatique, et à jouer un rôle environnemental qui oriente même mes activités ! Même mes clients et fournisseurs sont différents de ce qu'ils étaient il y a 1 an ! Même les gens qui veulent devenir des membres de l'entreprise ont de CV porteurs de ressources auxquelles je n'avais jamais pensé avant ! Et géographiquement, je suis connue bien au-delà de ce que mes espoirs initiaux m'autorisaient à imaginer !

Moralité : pour un modélisateur systémique créatif (et les systèmes auprès desquels interagit), TROUBLE-FÊTE = FACTEURS D'ÉVOLUTIONS POTENTIELS.

Psys...

[En relisant cette page en mars 2009, je m’aperçois que les réglementations toutes nouvelles de ce début d’année continuent à aller dans le sens de ce qui était déjà écrit ici en 2006 :]

Autre exemple : le système "psychothérapies nouvelles", lui, n'a pas su négocier ce type d'évolutions. Ni dans ses relations, ni dans son identité.
En effet, s'il y a beaucoup de soupes, d'apprentis-sorciers et de manques d'éthique dans ce système, il y a aussi de merveilles de méthodologie de changement, de responsabilisation des personnes et de créativité dont nos sociétés ont fort besoin.
Et JUSTEMENT, si les arguments officiels mettent en avant les dérives des apprentis-sorciers, ce ne sont que des discours étayant une idéologie très normative (au point d'en être sclérosée). Les thérapies brèves, dont l'efficacité et l'éthique ont été démontrées de millions de fois dans des cultures et auprès de contextes très diversifiés, ont rapidement fait une ombre considérable à des institutions (en vrac : médicales, psychologiques, psychanalytiques, universitaires, pharmaceutiques notamment) qui, en retour, pour se protéger d'un grand ménage en leur sein, se sont chargées d'envoyer quelques outputs vers des institutions politiques.

En France, par exemple, le retour de bâton est un input particulièrement contraignant qui, sous forme de loi, interdit à de nombreux professionnels compétents d'exercer, tandis que d'institutionnels professionnels notoirement incompétents et souvent nocifs (on parle "d'attaque iatrogène", c'est-à-dire de problème induit par une action médiacle) - mais jouissant d'interactions et marges de manœuvre beaucoup plus larges dans leur environnement) peuvent continuer à scléroser les esprits. Prendre en compte les systèmes potentiellement coercitifs, les vecteurs de pensée unique et d'immobilisme (homéostase quasi-exclusive, systèmes quasi-clos) est une démarche stratégique que bien des systèmes seraient inspirés d'adopter. Ils pérenniseront ainsi leur créativité (et leur existence), et se donneront du même coup les moyens de leurs engagements économiques, sociaux et environnementaux éventuels durables.
Que l'expérience des "psys" leur serve d'illustration d'un processus somme-toute assez commun mais méritant d'être signalé. Et facile à anticiper pour des systémiciens.

Suite de l'histoire ; en fait, le système "psychothérapies nouvelles" s'est scindé, comme le font les espèces vivantes (Néanderthal et Homo Sapiens Sapiens, par exemple, qui se sont séparés il y a environ 100 000 ans selon certaines estimations) :
  • D'un côté, la psychothérapie qui a renouvelé ses outils (et on ne pouvait guère faire pire que les outils précédents !) mais pas son fonctionnement interne, et qui a même appauvri ses interactions avec son environnement (pas d'institutionnalisation socialement crédible, par exemple, capable de faire contrepoids aux appétits de pouvoir social psychiatriques). Balayé par les événements.
  • Par ailleurs, des sous-systèmes qui se chargent, lentement mais sûrement, de faire évoluer, de l'intérieur, le système de prise en charge psychiatrique et d'accompagnement social, par des outils de thérapies familiales systémiques et autres thérapies brèves scientifiquement proches (les acteurs de ces évolutions, via ces sous-systèmes, sont insérés dans le système plus large : psychiatres ouverts et très formés aux approches nouvelles, autres professions médicales, éducateurs intervenant auprès des familles ou de personnes suivies, etc.). Ces sous-systèmes n'ont que des luttes internes à assumer (avec d'autres sous-systèmes anciens mais très bien insérés dans les sphères idéologiques dominantes) ; étant à l'intérieur du système, elles profitent de ses ressources (locaux, crédibilité des instances médicales, protection du regard inquisiteur de certains législateurs, etc.)
  • Enfin, une nouvelle espèce a pris son essor et a su recycler les ressources méthodologiques les plus évoluées dans un cadre relationnel différent, plus large et relativement à l'abri des appétits de certains autres systèmes : le coaching ! Reste que son avenir n'est pas écrit. Ses acteurs ont intérêt à garder une vision organique de ce système jeune. Parce que ses ressources aiguisent aussi d'autres appétits ! Saura-t-il tirer des leçons des expériences de ses cousins et ancêtres ? Nous verrons bien ! :-)