C. La structure des situations... et des solutions
3 angles d'approche pour chaque système
L'essentiel du modèle est entre vos mains- Vous avez recueilli un grand nombre de dimensions et de consiédrations sur les systèmes que vous avez modélisés.
- Vous avez une compréhension des boucles, depuis les plus basiques jusqu'à ce qui peut émerger de très complexe à partir des interactions, fondées sur des liens circulaires. Vous savez les visualiser, imaginer les voir "tourner", consommer, produire, focaliser, entraîner, ...
- Vous savez généraliser ces phénomènes à ce que nous appelons les systèmes autonomes - ou vivants, ou complexes.
- Et vous savez appliquer cette approche générique des phénomènes organisés et des interactions à des entités, à des relations et à des contextes de natures très différentes.
Pour approcher un système, 3 dimensions vont vous permettre de tracer un modèle riche :
Les 3 angles complémentaires
La dimension "ontologique"
Vous vous intéressez à ce que le système EST, sa NATURE, de QUOI il est fait, ...C'est une sorte de photographie (et radiographie !) à un instant fixe. Comme avec votre vision fovéale (centrale), vous pouvez considérer ainsi votre système dans le détail, et comme un "objet", doté d'une "substance" propre.
Si d'ailleurs vous lui donnez un petit nom de baptême, c'est que vous venez de modéliser au moins un strict minimum sous cet angle d'approche ontologique : vous le "voyez" et considérez qu'il EXISTE en tant que tel.
La dimension "synchronique" (dans le temps)
Vous vous focalisez sur comment le système FONCTIONNE, À UN MOMENT DONNÉ. C'est une focalisation en ce sens où vous resserrez le temps de votre perception sur un moment suffisamment court pour le voir agir "au quotidien". Mais vous introduisez donc un petit cadre de temps utile à votre vision des choses.Ici, ce qui attire votre attention, c'est ce que le système FAIT : les échanges de ressources (outputs, inputs), les règles du jeu à une période donnée, son comportement, ses relations. Vous raisonnez facilement en termes de fonctions (approche fonctionnelle). Ce qui vous intéresse n'est plus vraiment ce qu'il est mais plutôt les PROCESSUS qui ont cours. Vous le voyez moins comme un objet que comme un processus qui transforme certaines choses en d'autres, et induit certains phénomènes.
La dimension "diachronique" (à travers le temps)
Enfin, vous élargissez le cadre de temps.Apparaissent ainsi, à votre vision, des différences entre 2 périodes du fonctionnement de ce système. En quelque sorte, vous avez généralisé (dans le temps) la vision des processus de la dimension précédente. Vous percevez alors les changements du système lui-même : il se transforme (et son environnement aussi, d'ailleurs). Sa nature est différente, son fonctionnement est différent.
Autrement dit :
- les 2 autres dimensions vous permettent d'accéder à celle-ci (elles lui fournissent les informations ontologiques et fonctionnelles) ;
- tandis que la dimension diachronique permet, en retour, de comprendre comment évoluent ces 2 autres dimensions dans le temps : histoire, avenir, transformations.
Ah, la finalité...
La finalité d'un système est un peu une dimension transversale à ces 3 angles d'approche du système :- elle est directement liée à l'identité du système (il se serait constitué différemment sinon) ;
- elle conditionne directement ses comportements, échanges, décisions, régulations, relations, ... ses fonctionnements à un moment donné ;
- et elle peut être le fil d'Ariane qui relie ce que le système était et faisait à un moment donné et ce qu'il est (ou sera) et fait (ou fera) à un autre moment. En ce projetant, à un moment donné de son existence, il a conditionné ce qu'il allait devenir plus tard. Cela ne se voyait pas forcément encore (par une vision synchronique à ce moment-là qui ne pouvait pas mettre ce processus interne en perspective), mais cela se voit à un autre moment.
Et vos amis, que vous n'avez pas rencontré depuis plusieurs années, constatent (eux qui n'ont eu que le diachronique) : "Mais qu'est-ce que tu as changé !" ; et vous : "Je viens de me rendre compte que je suis finalement devenu quelque chose qui répond - en mieux :-)- à ce que j'imaginais devenir alors ; en mieux et un peu différent parce qu'à ce moment-là, mon imagination n'avait pas encore toutes les représentations et expériences dont j'ai disposé depuis, en cours de construction de moi-même".
Dans vos modèles
Intégrer ces 3 angles d'approcheEn faisant un bref retour sur tout ce que nous avons abordé, vous pouvez constater que nous avons jonglé, dès la Partie I, avec les 3 dimensions ontologique (nature du système), synchronique (fonctionnelle) et diachronique (transformations dans le temps).
Vous pouvez prendre maintenant un moment pour donner vie, virtuellement, tour à tour, à chacun de vos 2 systèmes modélisés. Et, ce faisant, vous pouvez le "voir" s'animer, sous ces 3 perspectives complémentaires.
La "structure" des situations
Pour conclure sur cette partieVous avez maintenant entre les mains un outil de modélisation (que vous pourrez allègrement continuer à faire évoluer, au fur et à mesure des usages que vous en ferez, et des autres ressources systémiques avec lesquelles vous pourrez l'alimenter pour qu'il continue à évoluer).
Si vous retirez les mots-clés (contenus spécifiques à un thème ou un contexte modélisé) qui sont sur les différents schémas, il vous reste un tracé des "processus".
Or, chacun des éléments de ce même tracé peut s'appliquer pour approcher et comprendre quasiment n'importe quel autre système (et bien sûr intervenir auprès de lui).
C'est un peu comme si la Systémique était un langage ; et, comme de nombreux autres langages, celui-ci permet de parler, de décrire, de projeter des idées, sur n'importe quel sujet. C'est un peu comme ceci : la quasi-totalité des systèmes que vous abordez PARTAGENT LES MÊMES TYPES DE PROCESSUS, avec des contenus très différents entre les systèmes. Sont-ce vraiment les systèmes qui partagent ces mêmes traits ? Comme s'ils étaient tous un peu cousins, issus d'une même matrice issue d'on ne sait où ? Ou bien est-ce la pensée systémique qui s'est inventée des façons de regarder tellement pratiques qu'elle nous donne cette impression, cette vision si familière d'un système à un autre, si transversale ? Peut-être un peu des 2. C'est une question ouverte !
Or, comme vous l'avez compris, la plupart des situations que rencontrent un système sont une affaire de PROCESSUS.
C'est l'une des raisons pour lesquelles la Systémique est aussi une méthodologie. Parce que si vous êtes capable de cerner la nature, le fonctionnement et les transformations (passées, actuelles ou possibles) d'un système, dans un domaine que vous connaissez bien, alors vous POUVEZ ABORDER, de façon généraliste mais particulièrement pertinente, DES SYSTÈMES ISSUS DE TOUT AUTRE DOMAINE. Vous reconnaîtrez, même dans des domaines vis-à-vis desquels vous pensiez ne rien connaître (c'est une illusion d'optique induite par la parcellisation des disciplines tout au long de notre éduction et au sein de notre culture, rien de plus), que vous pouvez comprendre très rapidement les principes selon lesquels fonctionnent des systèmes complexes que vous n'aviez jamais approchés auparavant.
La dynamique de la Systémique... et vous !
Transférer...
Imaginez. Vous avez à intervenir auprès d'un système dans un domaine dont vous n'êtes pas spécialiste (c'est la vie : tout n'est pas rangé bien en ordre comme le voudraient tant d'esprits chagrins :-). Ou bien, vous recherchez une solution à la situation d'un système (auquel vous "appartenez", par exemple !).- Tout ce que vous avez appris sur les modèles, et toutes vos pratiques systémiques, vos réflexions systémiques, vos compréhensions généralistes et vos modèles bien à vous, tout cela peut vous fournir les ressources pour percevoir, orienter, décider, agir, débusquer, éviter les peaux de bananes, comprendre, recadrer, fédérer, mobiliser, faire émerger. Vous êtes super-outillé(e) d'office ! Vous allez économiser de nombreux tâtonnements, éviter de nombreuses erreurs, éclairer des situations a priori inextricables et accélérer considérablement les processus et les apprentissages nécessaires pour vous.
- Par ailleurs, vous pouvez vous informer sur les façons dont d'autres problèmes ont été résolus (y compris dans des domaines qui n'ont "RIEN" à voir !). Si ces informations sont déjà des modèles systémiques, vous pouvez vous en inspirer directement : il ne vous reste plus qu'à les adapter, mais ils sont déjà une bonne trame (à condition de bien les digérer avant de vous appuyer dessus !). Et dans les autres cas (la majorité), vous pouvez prendre un moment pour esquisser un rapide et synthétique modèle systémique de cette solution ; puis reportez-en la "STRUCTURE" (même si le concept "structure" est un peu rigide pour décrire ce dont il s'agit ; disons le "PATTERN" puisque le vocabulaire français n'a pas vraiment ce dont nous avons besoin) au contexte dans lequel vous recherchez une solution. C'est parfois détonnant. Au risque d'être un peu redondant, on peu répéter que les meilleures pratiques de management s'inspirent le plus souvent, aujourd'hui, de métaphores systémiques issues de la biologie.
... et gagner du temps et d'autres ressources
Imaginez aussi ceci : vous voulez apprendre un domaine que vous ne connaissez pas. Mais vous voulez faire vite. Vous pourrez gagner beaucoup de temps à approcher ce domaine par ses processus plutôt que par ses contenus (comme c'est traditionnellement le cas dans nos systèmes éducatifs). Comme, avec la Systémique, vous connaissez déjà BEAUCOUP de choses sur les jeux qui s'instaurent entre processus, vous savez déjà beaucoup - sans le savoir - sur ce domaine. Modélisez les processus qui "font" ce domaine, puis les contenus viendront s'agencer beaucoup plus aisément dans votre esprit au fur et à mesure que vous les rencontrerez.C'est, par exemple, un excellent moyen de vous adapter à un nouveau milieu professionnel, ou encore de gagner BEAUCOUP de temps, d'énergie et de sérénité si vous reprenez des études.
