2. Emergence d'un "Système"
Ce qui naît et ce que l'on en faita) Des régularités précieuses sont créées par une multitude de boucles
Suffisamment pour repérer un "truc" stable et le percevoir en tant que système| Boucles et régularité |
A ce qu'il maintient certaines régularités.
Imaginons donc que les systèmes vivants sont faits d'un tissu de boucles.
| Quelques exemples |
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Nous venons de voir qu'un système naît de la stabilisation d'un "quelque chose". Et que, s'il est un système vivant, ce "quelque chose" peut fonctionner, se maintenir et se transformer de façon relativement autonome : c'est à dire avec une bonne marge de décision et d'action vis-à-vis des contraintes dictées par l'environnement auquel il participe.
Et justement, les "parties", les éléments, les personnes qui sont engagées dans le système proviennent de cet environnement. C'est l'environnement qui dicte une contrainte parmi d'autres, du type : "Mon brave système, tu ne peux utiliser des personnes, des comportements, des événements que parmi ceux que je mets à ta disposition". Pour se constituer, un système ne peut que puiser dans les ressources qui l'environnent, bien sûr.
Selon le type de systèmes, ces ressources peuvent être des choses comme :
• des personnes
• du temps disponible
• de l'argent
• des nutriments (acides aminés, ...)
• des représentations culturelles (une entreprise, un pays ou tout autre système social ne peut fonctionner que parce que les acteurs acceptent une certaine vision des choses : valeurs, connaissances, règles du jeu et autres repères)
• etc.
Les parties qui le constituent sont donc :
• soit des ressources directement issues de son environnement (des personnes, par exemple)
• soit construites à partir de telles ressources (un service marketing, par exemple : l'environnement n'a fourni ici que les personnes, et c'est le système 'entreprise' qui a mis en place une articulation entre ces personnes - à partir d'autres ressources dont il dispose déjà -, une articulation délibérément orientée vers un but particulier).
Si ce système est autonome, alors il a aussi une relative autonomie vis-à-vis de ses parties constituantes. Allons plus loin avec les liens ci-dessous :
Un tourbillon dans une rivière
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| Exemple et conséquences systémique |
Qu'est-ce qui vous a décidé à vous lever ce matin ?
• Un besoin "local", c'est-à-dire d'une partie de votre organisme même si les autres parties n'étaient guère motivée pour quitter la couette ? Faim, toilettes, répondre au téléphone, préparer les enfants à aller à l'école, ...
• Un "moteur" qui vous engage plus globalement (tout - ou la majeure partie - de votre être a suivi naturellement cette direction) ? Le plaisir de partir en vacances, ou celui d'aller participer à un projet d'équipe passionnant (beaucoup de sens), ou la peur de ne pas être bien vu si vous n'alliez pas au travail (sens moins global mais néanmoins très fort), ...
En tout cas, sans l'un des ces moteurs, l'une de ces motivations - si diverses qu'elles puissent être - vous ne vous seriez pas levé(e).
| Un tout petit exercice facile d'auto-observation |
Nous avons déjà noté à leur sujet quelque chose d'important : elles se "débrouillent" pour se maintenir.
• Les causalités circulaires renforcent les événements qui y prennent part (rétroaction), tout en absordant d'autres ressources (robustesse) et en focalisant les processus sur certains événements et comportements, tout en en évacuant d'autres possibles (sélection). TOUT SE PASSE DÉJÀ COMME SI DE SIMPLES BOUCLES AVAIENT UNE "INTENTION" : celle de SE MAINTENIR.
| Une petite note |
• Et ces jeux produisent des résultats : par exemple, un jeu de reproches crée de la frustration (et réciproquement), un jeu de pénurie crée compétition et conflits (et réciproquement), d'autres jeux font émerger créativité, coopérations nouvelles, connaissances utiles, ...
Et les boucles, par leur relative stabilité, produisent ainsi avec une certaine régularité des RÉSULTATS. Ces résultats n'ont donc rien de fortuits. LES PROCESSUS EN BOUCLE VONT DONC VERS CERTAINS RÉSULTATS plutôt que d'autres, et ce avec une relative stabilité.
On peut donc considérer que LES BOUCLES GÉNÈRENT LEURS PROPRES FINALITÉS.
• Si d'ailleurs une boucle a besoin des produits d'une autre, il y a alors une relation circulaire entre les 2 (une boucle plus large qui les relie : on assiste à l'association entre boucles, comme nous l'avons illustré au sujet des maladie nosocomiales en Partie 1.A.). Cette nouvelle boucle a pour résultat (entre autres) de maintenir la relation entre les 2 boucles. MAINTENIR UNE RELATION NÉCESSAIRE À CERTAINES BOUCLES EST AUSSI UN RÉSULTAT.
Ce n'est pas un scoop de dire que les relations sont des boucles. Nous avons déjà abordé cette question (et des outils relationnels comme ceux de la PNL en font une illustration décapante de clarté et d'efficience). Mais les relations sont aussi des FINALITÉS.
Résumons-nous
A travers ces exemples, nous illustrons le fait que les comportements des boucles elles-mêmes (ce qu'elles produisent), leur organisation (les interactions, les relations qu'elles créent entre comportements, événements, et même, plus largement, entre boucles), leurs logiques émergentes, tout cela est très lié et dépend du point de vue duquel on se place pour observer ces processus :Par exemple, une relation peut être vue à la fois :
• comme une règle du jeu de la boucle (un élément déterminant de sa constitution), sa logique
• comme un produit de la boucle, une finalité
• comme un comportement émergent simplement mis en œuvre à pour créer d'autres produits, atteindre d'autres buts.
Autrement dit :
• Intention
• Besoins
• Valeurs, motivations, moteurs
• Comportements, résultats, produits
• But, objectifs
• Finalités, raisons d'être...
Tout cela est très lié. Ces mots ne sont pas des synonymes, mais ils désignent des processus qui se créent les uns les autres. Même la perception et la vision globale que vous avez, en tant que système individuel, qu'équipe ou que culture, par exemple, jouent à ce jeu du "Qu'est-ce qui génère quoi ?". C'est une histoire d'œuf et de poule. Retenons surtout ici que :
• La Finalité est un concept clé de la Systémique : de la plus simple boucle au système le plus complexe, ce processus émerge partout.
• Il est aisé, en principe du moins, de produire ou de transformer une finalité : il suffit de jouer sur n'importe lequel des autres leviers qui lui sont liés (ci-dessus) : par exemple, au lieu de persuader quelqu'un de telle chose, vous pouvez le conduire à mettre en œuvre tel comportement. Ce comportement va générer une certaine perception plutôt qu'une autre et qui, à son tour, va influer sur sa vision globale, les buts associés, ... Ce procédé, souvent appelé "tâche comportementale", est très employé, par exemple, en Coaching ou en Thérapie Familiale systémiques : il permet de toucher à toute l'organisation d'un système "en quelques clics" comportementaux en des endroits du système savament déterminés.
Les détracteurs de ces approches ont rapidement prétendu que tout cela serait donc superficiel (en comparaison aux approches auto-instituées comme étant celles "des profondeurs"), alors que, comme nous l'avons déjà abordé également, c'est tout le contraire. Lorsque l'on comprend le type de processus en jeu, on sait que de petites actions locales permettent de véritables changements globaux. C'est un principe clé des systémiciens. Et il marche.
• Enfin, puisque l'on peut le produire et le reproduire, et le comprendre sans avoir recours à l'ésotérisme, le concept de finalité est désormais un concept scientifique très moteur (la façon dont dont un système se projette et ce qu'il projette). Il n'y a de travaux systémiques (tant scientifiques que pratiques) que ceux qui gardent explicitement ce concept à l'œil tout au long de leur démarche. Les répercussions en sont potentiellement immenses. Nous y reviendrons, parce que la Cybernétique du second ordre nous a ouvert des portes (et des responsabilités) très axées sur cette question.
La suite !
Partie IINous y voici. "La Danse des Évènements" nous a ouvert la voie à la modélisation des systèmes. C'était d'ailleurs la partie prévue comme la plus longue, en nombre de pages, de ce module évolutif.
Les concepts et la vision dont nous avons besoin sont intimement liés à ce que nous avons vu apparaître au moment où nous avons choisi de considérer les boucles et ce qu'elles produisent.
Et maintenant, la Partie II vous propose une sorte de vaste exercice (commenté) destiné à vous approprier les tracés "de base" en modélisation systémique ; une méthodologie pour y voir plus clair et décider à la fois :
• d'une vision appropriée à nos finalités d'acteurs-modélisateurs : donc, fonction de nos objectifs, expériences, motivations, rôles, raison d'être de nos travaux, besoins, ...
• des actions qui découlent de cette vision (la modélisation est un puissant outil de décision), et de la façon dont ces actions vont, en retour, faire évoluer notre vision (la modélisation, en Cybernétique II, est un puissant outil de changement, donc en particulier un puissant outil pour faire évoluer nos outils de décision... donc, un puissant outil pour faire évoluer nos capacités et outils de modélisation ! La boucle est bouclée !).
Pour continuer avec la Partie II, il vous suffira de revenir à la page d'accueil de ce cours libre ; puis, dans le menu du bas de page, de choisir la partie suivante : "II. Le système générique".
