Régularités et Redondance : une nécessité
et une caractéristique aussi discrète qu'essentielle des systèmes vivantsPrenons l'exemple de votre famille. Elle ne fournit pas 1 repère unique qui vous permettrait de dire "nous sommes une famille ; la preuve, c'est que :", mais elle en fourmille ! Imaginez : s'il n'y avait qu'un repère, il suffirait qu'il "saute" et c'en serait fini du système ! Catastrophe !
Même chose pour les entreprises, par exemple, ou les nations : elles tiennent grâce à un nombre de règles impressionnant.
Loin de ne se contenter que du strict minimum, les systèmes vivants ont au contraire BEAUCOUP DE RÉGULARITÉS. Ce sont même des pros de la REDONDANCE.
Compter sur plusieurs ressources
même si on ne les utilisera pas toutesParce qu'il vaut mieux avoir plusieurs repères (et, plus généralement, plusieurs façons d'obtenir un même résultat), même si ces potentialités sont le plus souvent sous-exploitées), que le strict minimum. Bien sûr, cette redondance est une question de survie. C'est elle qui permet à un système vivant de rester ADAPTÉ à son environnement, lorsque cet environnement varie (événements divers) - c'est-à-dire tout le temps !
Un système qui n'a pas de redondance dans les repères sur lesquels il "tient" est balayé au premier coup de vent. Donc il ne s'est pas maintenu suffisamment. On peut imaginer que la nature (et tout autre environnement qui s'y insère : économique ou social par exemple) produit ainsi un grand nombre d' "essais-et-erreurs", "en vrac" (au gré des interactions qui ont lieu en son sein) :
Un environnement social produit notamment d'innombrables relations, groupes, projets, ... Sur la "masse", seuls ceux qui ont pu "encaisser" les aléas de leur environnement, dès leurs toutes premières phases de croissance, se maintiennent. Combien de coups de foudre avez-vous eu dans votre vie ? Et combien de ces relations se sont transormées en vie de couple, ne serait-ce que quelques semaines ou mois ? Cet exemple ne vous convient pas ? Prenons-en un autre : combien de projets avez-vous esquissés dans votre vie ? Et quelle proportion d'entre eux avez-vous concrétisée ? Une multitude de groupes se font et se défont, partout. Et seuls quelques-uns se maintiennent.
Les systèmes qui parviennent à maintenir les régularités sur lesquelles ils "tiennent" suffisamment longtemps pour être perçus comme stables seront facilement qualifiés de "systèmes". On leur attriburera consciemment des ressources (un budget ou un local, par exemple), on les nommera, etc. Et les autres ? Disparus avant que l'on se soit occupés de les percevoir comme des systèmes à part entière.
Les systèmes adaptables survivent
Tandis que même les "plus forts" mais non adaptables disparaissent"Seuls les plus forts survivent" est une tarte à la crème politico-ménagériale que nous entendons de temps en temps. Elle sert à justifier et à rationnaliser tout et n'importe quoi. Et surtout la brutalité de certaines décisions.
Il ne s'agit en fait que d'un détournement idéologique très tendancieux (et très glissant, d'un point de vue éthique) d'un principe évolutif dont une formulation plus mûre ressemble plutôt à quelque chose comme : "Seuls les systèmes adaptables survivent et se développent (suffisamment pour éventuellement se reproduire et donc se diffuser en nombre et dans le temps)".
Alors autant le dire tout de suite : vive la redondance ! (synonyme de capacité à s'adapter). Si votre famille fourmille de repères qui l'identifient et la maintiennent en tant que telle, tant mieux ! C'est un système adaptable. Et c'est pour cela qu'il existe pendant des années. Même chose pour votre entreprise, ou votre réseau.
Vous voulez créer un système (une association, une entreprise, un projet) ? DEBROUILLEZ-VOUS POUR QUIL Y AIT DE LA REDONDANCE DANS LES RESSOURCES-CLÉS, et notamment les repères qui "font" ce système.
Le rationalisme fort peu rationnel
Bien sûr, les systèmes vivants sont perçus, par les gens qui ont encore une vision mécaniste (et trop analytique) des choses, comme trop redondants : en effet, pourquoi entretenir plusieurs repères, plusieurs ressources en même temps, alors qu'une seule suffit à faire ce dont on a besoin ? Cela resemble à du gâchis. Ce n'est pas "rationnel" (et voilà, le gros mot est lâché !).Effectivement, le "rendement" énergétique d'un être humain (ou de n'importe quel animal, ou n'importe quelle plante, de même que n'importe quelle association à but non lucratif, ...) est très bas, comparé à celui d'un bon poële à bois ou d'une bonne machine-outil. Doit-on supprimer pour autant les êtres humains ?:-) Non, parce qu'il faut reconnaître qu'un monde uniquement peuplé de poële à bois et de moteurs diesel dernier cri manquerait cruellement d'un je-ne-sais-quoi qui lui ôterait toute poésie :-).
La redondance est une caractéristique-clé et une garantie de survie pour un monde... vivant. Inutile donc d'être tombé dans l'écologie quand on était petit, il suffit de se mettre à penser systémique : la biodiversité est un merveilleux exemple de redondance, nécessaire à la survie de n'importe quelle espèce vivante sur notre planète. Dans une logique mécaniste et une vision étroite des processus, il ne semble certes pas très "rationnel" (selon une certaine rationalité économique - ce qui ressemble parfois à un oxymore... :-) de devoir maintenir autant d'espèces vivantes à la surface du globe. Alors que dans une vision systémique plus large, qualifiée d' "organique" (capable de concevoir les systèmes vivants en tant que tels), c'est au contraire TRÈS RATIONEL de dépenser autant d'énergie pour produire un tel foisonnement. Car c'est le "prix" à payer (un prix plein de poésie...) pour rien de moins que... maintenir des systèmes vivants à la surface de cette planète (ou de n'importe quelle autre apte à cultiver cette diversité).
Un petit exemple poétique :-)
Concernant un petit animal qui vous est familierLes missions spatiales ont profité des conditions physiques très spécifiques qui ont cours dans les stations orbitales, hors de la gravitation terrestre, pour étudier le comportement de multiples organismes vivants.
Ils en ont tiré des connaissances précieuses, pouvant servir à la vie quotidienne sur Terre (par exemple, comment le cerveau gère les différentes informations provenant des canaux Visuel, Kinesthésique et du système vestibulaire pour gérer l'équilibre et le mouvement ; les gens qui sont malades en voiture peuvent s'y intéresser de près, de même que les pilotes et autres sportifs. Pour des chercheurs ou des praticiens des systèmes cognitifs, notamment ceux qui savent jongler avec les micro-stratégies modélisées par la PNL, il y a là de précieux leviers d'apprentissage).
Parmi les animaux étudiés, les scientifiques ont emporté avec eux une brave araignée. Outre le fait que la plupart des araignées savent créer des fils dont la matière, une fois tissée (en laboratoires par exemple) est beaucoup plus résistante que l'acier (applications militaires assurées...), ces petites bêtes appréciées de tous ont aussi la faculté de tisser des toiles avec une dextérité qui fait envie à bien des cerveaux humains (et en plus, la toile est un moyen de communication entre araignées, comme des sortes d'antennes !).
La brave représentante de cette espèce, qui s'est dévouée pour aller prêter main forte aux spationautes, a rapidement connu quelques soucis :
Sur Terre, en effet, elle utilisait la gravité comme repère et guide, lorsqu'elle tissait sa toile.
Et là, tout juste arrivée dans l'espace, sa première tentative de toile ressemblait plutôt à une déroutante petite boule informe. Lamentable. D'un point de vue existentiel, cette expérience a dû être terrible pour cette araignée. Et le rire attendri des chercheurs, particulièrement vexant. Bref, de quoi inspirer la plus sincère pitié.
Toutefois, au bout de quelques jours, les chercheurs ont trouvé à nouveau une merveilleuse petite toile. Miracle ! Mais comment est-ce possible ? Il n'y a plus de gravité.
La réponse des scientifiques est la suivante : l'araignée - qui a priori n'a jamais fait de croisière dans l'espace auparavant, et dont les ancêtres, sur des millions de générations, sont restés sagement les pieds sur Terre - a dû inventer un moyen ENTIÈREMENT NOUVEAU pour se tirer d'affaire dans ces conditions hors normes.
Quoi ? Une si petite bête, avec laquelle bien peu de gens accepteraient d'échanger leur cerveau ? Ce truc infâme qui hante nos maisons et nos campagnes, capable d'une invention si déroutante dans un temps si court et avec tant d'élégance ? Un être créatif ?
Eh oui. De quoi changer votre regard sur les araignées (au passage, observez aussi le moment où les guèpes se font un brin de toilette avec leurs mandibules et leurs pattes avant... on dirait la charmante toilette d'un chat... ou d'un petit enfant :-)
Et où diable cette adorable bestiole va puiser de telles ressources ?
C'est un système vivant, souvenez-vous. Tissé d'une grande complexité de boucles, avec des propriétés émergentes nombreuses, et doué d'une grande autonomie. Et de redondance dans son organisation. Autrement dit, l'araignée est capable d'aller retrouver, parmi ses réserves potentielles, des ressources qu'elle aurait pu très bien ne jamais utiliser de sa vie.
Et nous, êtres vivants, nous sommes tous frères sur ce point :-) : nous FOURMIllons de ressources dont nous pourrions ne jamais avoir besoin, mais que nous avons et cultivons quand-même ; des ressources qui peuvent se révéler lorsque nous avons besoin d'inventer des solutions entièrement nouvelles à des situations entièrement nouvelles auxquelles nous ne sommes pas préparés a priori.
Equipes, entreprises, systèmes sociaux, familles, individus, cultures malmenées par la normalisation, réseaux qui se cherchent, ... Autant de systèmes vivants qui pourraient bien surprendre pas leurs réserves créatives - et se surprendre eux-mêmes.
