1. Ce qui naît de la causalité circulaire

De grands pas vers l'autonomie

Découper mon vécu en séquences

Quelques considérations

Ma perception, c'est mon affaire et celle de personne d'autre
Prenez n'importe quelle boucle que nous avons abordée en Parties 1.A ou 1.B.
Vous pouvez faire sur chacune d'elles le petit exercice-test suivant :

Quelques petits exemples ?


Le Passé et les Solutions

Petit exercice facile
Exemples de séquences

La situation tient dans la structure
Avec les exercices et exemples précédents, nous venons de voir que la notion de cause est un produit de la perception. La cause n'est pas indépendante ; bien au contraire, elle varie selon ma vision des choses.
Aïe ! Difficile alors de "remonter jusqu'à la Cause" en espérant résoudre un problème. Et, de fait, les "méthodologies" qui remontent chercher des causes ne créent en fait qu'une nouvelle vision d'une même situation. Cela s'appelle un recadrage. Dans certains cas (lorsqu'il s'agit vraiment de méthodologies - certains rares outils PNL utilisent cette "remontée" par exemple), ce n'est pas de trouver une "cause" qui résoud le problème : c'est d'accéder à une nouvelle vision des événements, un nouveau sens.

Une source d'objections classique
Mais alors, que nous reste-t-il pour comprendre un problème et lui trouver des solutions ?

Présent = Résultat du Passé + Quelques Ouvertures Bienvenues

Voir plus...
Sans la logique bouclée, le problème :
• aurait été balayé, au pire, comme une simple difficulté passagère (s'il s'était constitué autour d'une difficulté)
• et, au mieux, n'aurait jamais existé (pour certains problèmes qui sont l'application aujourd'hui de solutions qui n'étaient appropriées qu'hier, ou de solutions valables dans un contexte et pas dans d'autres).

Le problème réside donc dans cette logique. Vestige du passé, cette logique est néanmoins encore active au présent. Ce qui pourrait donner l'illusion que les solutions seraient à trouver dans le passé, ce qui serait un non-sens : au risque d'insister (certains mythes étant tenaces lorsqu'ils s'accrochent désespérément aux baskets d'une culture), on ne résoud les choses qu'au présent.
Donc, même pour des problèmes anciens, les solutions consistent à modifier ou dissoudre (voire remplacer) la boucle.
Certaines informations sur le passé, abordables à partir de la boucle (qui est une source d'informations nombreuses à elle seule), vont nous servir éventuellement à cerner le contexte dans lequel certains processus se sont installés, et les apprentissages passés qui soutiennent la boucle (les présupposés implicites). Mais ces informations sont disponibles au présent.

NOUS POUVONS DONC CRÉER DES SOLUTIONS CONCRÈTES ET COMPLÈTES À PARTIR DE TOUT CE QUE NOUS AVONS SOUS LA MAIN AU PRÉSENT.

Dissocier la taille du problème et celle de la solution - et dissocier la surface des choses de leur profondeur

• Quelle que soit la "taille" d'un problème, tous les éléments pertinents à prendre en compte sont, par nature, dans sa structure actuelle, dans la ou les boucles qui le constituent. Une solution efficace peut donc être démesurément plus légère et petite que lui, puisqu'il lui suffit de modifier cette structure.
• Un problème a beau donner l'impression de "remonter" loin dans le passé, s'il est problème aujourd'hui, tous les élements qui le constituent sont modifiables à partir d'ici-et-maintenant. Une solution efficace peut donc également modifier très vite une situation qui dure depuis longtemps. En thérapie systémique, on appelle cela la "thérapie brève". Entre nous, heureusement que l'on peut changer en moins de 20 ans une situation qui dure depuis 20 ans ! Parce qu'on n'a qu'une vie ! Sans compter que si c'était le cas, au bout de 10 ans de tentative de solution, le problème ne serait pas encore résolu pour de bon ; donc, il durerait déjà depuis 30 ans ! Donc, il faudrait 30 ans, et non les 20 prévus au départ, pour le résoudre ; mais s'il fallait 30 ans, alors il serait encore moins résolu que prévu ; etc... un vrai problème mathématique !

Tordons ainsi le cou à un autre mythe : les changements rapides ne sont pas "profonds". Oh, que si ! S'ils sont rapides, c'est justement parce que les solutions vont jouer avec la structure du problème ; qu'elles tiennent compte de la complexité des choses. Les solutions systémiques ont l'air "légères" mais exploitent (essentiellement implicitement) le maximum de données du problème. Légères et rapides, donc profondes... Pour vous amuser, aller dire ça à un champion de la psychanalyse ! :-)

Autonomie...

Une caractéristique des êtres vivants apparaît par là où l'on ne l'attendait pas

Imaginons que l'on puisse définir un être vivant, en interactions avec un environnement bien sûr, comme ceci :
• Il démontre comportementalement sa capacité à se produire, se maintenir et se transformer lui-même, et
• Il démontre comportementalement sa capacité à faire son petit bonhomme de chemin à sa manière, même si son environnement l'encourage parfois à prendre des directions différentes de celles qu'il prend quand-même.

Bien sûr, il existe des millions de façons plus poétiques de dire ces choses, mais chacun son métier :-)

Souvenez-vous de quelques situations bouclées que nous avons abordées jusque-là dans ce module.
• Une fois la boucle bouclée, elle peut très bien continuer un certain temps (ou même un temps certain) : elle est relativement stable. Pourtant le monde bouge ! L'environnement de la boucle, lui, n'est pas stable ! Mais la boucle, si. Combien de conflits, combien de projets, combien de relations de couple ou d'amitiés, combien de jeux relationnels, combien d'idéologies, combien de familles, de groupes, d'entreprises ont perduré, tandis que beaucoup de choses changeaient tout autour (le temps qui passe, les lieux qui changent, les ressources et les contraintes qui se transforment, des gens qui vont et qui viennent, ...) ?

CERTAINS PHÉNOMÈNES PEUVENT SE MAINTENIR LORSQUE L'ENVIRONNEMENT CHANGE : ils sont plus sujets aux causalités circulaires INTERNES à la boucle qu'aux causalités externes à elle. La boucle crée une certaine forme d'indépendance vis-à-vis des contraintes exercées sur ses acteurs par l'environnement. Elle crée un "îlot" d'interactions relativement autonomes.

Ressources cachées de la boucle

Souvenez-vous encore de quelques-unes de ces boucles.
• Les "tentatives de solutions", vous vous souvenez ? Certains comportements, certaines ressources, officiellement destinés à transformer les choses, sont en fait happés par la boucle et viennent finalement la valider, la renforcer. UNE BOUCLE "SE NOURRIT TOUTE SEULE". Et, en même temps, ELLE SE PROTÈGE assez efficacement des perturbations censées l'empêcher de tourner en rond.

• De plus, elle produit des jugements (ou, plus largement, des connaissances, c'est-à-dire des perceptions du monde relatives à une logique), des évenements nouveaux (réactions, tentatives de solutions comme mentionné ci-dessus, ...), des apprentissages (liens et raisonnements tirés de ces liens, qui serviront de présupposés pour d'autres boucles associées, par exemple) ; et tout cela s'inscrit dans sa logique. LA BOUCLE CRÉE SES PROPRES ÉVÉNEMENTS, et invente "la vie qui va avec".

Vue en elle-même (et non seulement comme un agrégat d'acteurs et de comportements), la boucle a donc un comportement identifiable comme tel. Elle se comporte un peu COMME un être vivant : elle jouit de sa propre autonomie et elle s'en sert. Et les "jeux" tels que nous les avons rapidement abordés en Partie 1.B sont en quelque sorte ses finalités, ses objectifs, ce vers quoi elle s'organise. Par exemple, une logique conflictuelle peut partir d'à peu près n'importe quoi et tendre coûte que coûte à produire des conflits. Une boucle de créativité suffisamment robuste pour maintenir son autonomie de fonctionnement va produire coûte que coûte des choses nouvelles. Etc.

Résumons-nous

• Une boucle devient rapidement quelque chose de stable,
• qui produit de façon stable certains types d'événements plutôt que d'autres,
• et ce d'une façon qui peut se démarquer des mouvements de l'environnement tout autour. JE PEUX DONC REPÉRER UNE BOUCLE et L'IDENTIFIER comme un "truc" qui fonctionne tout seul, comme s'il avait une autonomie propre.

Mais poussons notre vision un peu plus loin :
• La boucle puise dans son environnement interne et externe des ressources nécessaires à son maintien. Tout se passe COMME SI on pouvait dire qu'ELLE SE NOURRIT.
• De plus, elle vise avec une certaine efficacité DES RÉSULTATS QUI LUI SONT PROPRES. Même si ces résultats (conflits par exemple) sont clairement à l'opposé de ce que voudraient les gens qui sont pris dans la boucle ! La "décision" de maintenir le cap vers ces résulats est donc "son objectif" à elle, et non celui de ses parties. Si je scanne le cerveau des acteurs en présence, nulle part il n'est écrit chez eux : "Ouais, génial, je veux produire de super-conflits !". Pas plus qu'une cellule de votre bras gauche ne peut décider à elle seule que tout votre corps doit se diriger vers le réfrigérateur ou faire une déclaration d'amour à la personne debout si près de vous. Cette décision n'est pas au niveau d'une cellule ; elle est prise dans un "truc" beaucoup plus large, beaucoup plus complexe encore.

Mais alors, si ce CAP n'est nulle part chez les parties en présence, où est-il inscrit ???
Dans l'ORGANISATION DE LA BOUCLE ELLE-MÊME, pardi ! Ce cap est une PROPRIÉTÉ ÉMERGENTE de la boucle. Quelque chose qui n'apparaît qu'au NIVEAU DE PERCEPTION de cette boucle, tout simplement parce que ce quelque chose est créé par ce NIVEAU D'INTERACTIONS. Car nous aurions beau décomposer, atomiser les personnes prises dans la boucle en milliards de petits morceaux pour y voir de plus près, nulle part nous ne trouverions cet objectif. Et pourtant, il est là.

Exemples et exercice
• Autonomie de production et d'autoproduction ;
• Autonomie pour se nourir ;
• Autonomie de décision... Et si le fonctionnement en boucle était l'essence-même d'un fonctionnement vivant ? Et si tous les êtres vivants, dans leur incommensurable diversité, avaient tous cela en commun ? Une forme d'autonomie qui n'apparaît que lorsque s'organisent en boucles les comportements et les événements ?

Bigre, en y regardant bien, cela ne retire rien à la poésie des choses, mais les éclaire sous un jour nouveau. Des modèles scientifiques et pratiques très intéressants naissent de cette vision récente (disons, récemment incorporée au sein de la communauté scientifique et des professionnels du changement). Il y a une telle créativité potentielle dans les interactions auxquelles s'intéressent ces modèles que nous sommes encore loin d'en avoir vu le bout.

Et si nous appelions "système" tout ce qui démontre ces aptitudes d'autonomie ? Laissons ici de côté les systèmes programmés de l'extérieur (informatiques, mécaniques, etc.). S'ils démontrent de surprenantes propriétés, ce qui nous importe dans notre module orienté vers le développement (donc utilisant une bonne dose de créativité), ce sont les systèmes autonomes : ceux que l'on appelle facilement "systèmes vivants", "organiques", et aussi ceux que l'on qualifie rarement ainsi mais qui partagent ces mêmes propriétés d'autonomie :
• "tangibles" : groupes, familles, équipes, entreprises, réseaux, ...
• "virtuels" : projets, cultures, systèmes de connaissance, ...

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