2. Les boucles associées
Un pas de plus vers la complexitéJusqu'ici, nous nous sommes intéressés à des boucles simples. La causalité circulaire élargit considérablement notre perception, et elle commence à laisser entrevoir des pistes pour agir. Elle est la porte d'entrée nécessaire pour toute vision globale digne de ce nom.
Mais les boucles que nous mettons à jour sont elles-mêmes extraites de phénomènes plus larges. Elles sont loin d'être seules sur une planète déserte : autour d'elles, beaucoup d'autres choses ont lieu !
Le moment est donc bien choisi pour élargir encore notre perception, pour une vision plus globale.
Nous reviendrons un peu plus loin (chapitre B) sur les logiques, parce qu'il y a beaucoup à en tirer. Mais pour l'instant, examinons quelques moyens d'élargir encore notre champ de vision.
1. Des boucles pour préciser les choses
Associer différents niveaux de zoomAllez, il n'y a pas que des problèmes, dans la vie. Il y a aussi de jolies histoires. Parfois toutes simples, des histoires qui commencent comme celle-ci :

C'est une boucle relationnelle bien sympathique, n'est-ce pas ? Parcourez-la, elle est très logique. Et elle fonctionne très bien.
Cette situation vous rappelle quelque chose de bon que vous avez vécu ? :-)
D'ailleurs, cette boucle a aussi toute sa place dans des relations qui évoluent déjà depuis des années. Si, si, il y a des couples dans lesquels Monsieur fait autre chose que de se mettre en transe hypnotique devant le match de foot et les répercussions évidente du score final sur l'avenir de l'espèce humaine ; et où Madame fait autre chose que de se rabattre sur la vaisselle ! :-)
Ceci étant, mon esprit curieux peut très bien se poser la question : "Mais que se passe-t-il entre le moment où elle le voit lui sourire et le moment où elle se sent bien ?".
C'est le moment où interviennent d'autres boucles, internes cette fois : ce qui se passe à l'intérieur de son expérience, de son vécu, de son cerveau. Car il s'en passe, des choses. Le cerveau, et plus largement le corps humain incluant ce cerveau, est le système le plus complexe que nous connaissons. Et de très loin. Mais finalement, il a fallu attendre la PNL pour avoir des modèles précis, opérationnels et éclairants de ce qui se passe là-dedans et des moyens de le faire évoluer encore.

Nous venons d'introduire 2 nouvelles boucles qui viennent compléter celle de départ.
Et pour être plus précis, le schéma plus exact est de lier directement "Il lui sourit" à "Elle revoit la dernière fois où..." sans passer par "Elle se sent bien".
En effet, la boucle de base, simple, est un raccourcis qui présuppose qu'il se passe quelque chose de logique entre "Il lui sourit" et "Elle se sent bien". C'est une "cause-à-effet". Mais en fait, c'est elle et personne d'autre qui déclenche son ressenti. Le partenaire en question n'a aucun pouvoir direct sur les émotions de cette femme. Il ne peut qu'esquisser un comportement à lui ; c'est elle qui reliera ce comportement à des choses avec lesquelles elle déclenchera elle-même son émotion.
Le schéma plus exact est donc celui-ci :

C'est une boucle (certes un peu aplatie, mais on pourrait tout aussi bien la représenter avec un beau cercle). Et là encore, je pourrais questionner chacun des liens restants pour préciser un peu les processus qui se cachent derrière.
Retenons que le niveau de détail d'une boucle va dépendre du zoom que je fais : est-ce pertinent pour moi d'en savoir plus ? Ai-je besoin de ce niveau de détail, ou bien quelque chose de plus basique me suffira ? Tout dépend de mes objectifs et du type de leviers que je me sens capable d'aller actionner pour atteindre ces objectifs.
• Certains coachs ont par exemple une grande expérience des organisations : ils vont privilégier parfois des boucles laissant de côté les processus internes des personnes. Et enrichir plutôt leurs boucles avec des systèmes plus larges : zoom arrière et "grand-angle".
• D'autres ont une sensibilité plus "psy" : ils vont souvent avoir tendance à enrichir leurs boucles avec des choses plus internes, ou encore des éléments relationnels qui pourraient échapper à un regard non averti.
Exercice
2. Des boucles issues de l'environnement
Elargir la complexité en intégrant des éléments de contexte

Prenons un autre exemple. Celui des "maladies nosocomiales" (= contractées en milieu hospitalier) dont il a été tant question dans l'hiver 2003-2004 dans les médias français. Certains appellent d'ailleurs ces maladies "iatrogènes", indiquant par là que c'est la médecine telle qu'elle est pratiquée qui est en cause. Tout dépend du point de vue selon lequel on se place pour modéliser nos boucles.
Des boucles simples pour prendre conscience...
Voici un joli "cercle vicieux" !La partie est en quelque sorte perdue d’avance : la créativité microbienne est quasi-illimitée, tandis que les ressources du système hospitalier vont tôt ou tard atteindre leur limite (technologiques, financières, sociales, ...). Pour l'instant, la boucle que nous avons tracée permet simplement de prendre conscience d'une situation grave. Et c'est justement ce que nous lui demandons.
En admettant que chaque acteur responsable prenne conscience de cette conclusion, la première question parmi les rares pertinentes semble devoir être «Quand et comment allons-nous passer à autre chose ?». Mais justement :
• D'une part, cet "autre chose" n'a pas encore sa place dans la boucle.
• D'autre part, il peut être légitime de se demander "Mais comment se fait-il que nous ne soyons pas encore passés à autre chose ? Comment ce système fait-il pour se maintenir ?" C'est une piste possible de travail. Chercher à répondre à cette nouvelle interrogation va très probablement nous éclairer sur d'autres logiques à prendre en compte si notre objectif est de générer un changement durable, et tout simplement faisable.
Il est donc temps d’introduire le contexte de cette situation, et avec lui l’environnement impliqué. Cet environnement est lui-même le siège d’autres boucles, donc d’autres logiques, souvent bien différentes les unes des autres, parfois opposées...
Percevoir et comprendre la complexification rapide des situations
Les enjeux sont peut-être très larges. Pour en mesurer la portée, nous pouvons introduire de nouvelles boucles.
Concrètement, à partir de chaque élément de la boucle, je peux me poser la question "A-t-il aussi d'autres conséquences naturelles que celle déjà inscrite dans la boucle actuelle ?". A partir de cet élément, je vais donc faire partir d'autres boucles. Certaines vont vite se relier entre elles. Je pourrai même avoir des grandes boucles et des "sous-boucles" (comme en 1.).
Note : un important petit commentaire sur les situations étudiées en exemples est disponible en cliquant sur l'image ci-dessous.

Notons qu'ici, l'industrie pharmaceutique et chimique gagne en chiffre d'affaires, en financements de recherches, et donc en légitimité et en pouvoir... tant que la logique globale ne bouge pas.
Le petit signe '-' suggère que les comportements de cette industrie s'opposent donc très probablement à l'émergence de solutions alternatives.
Dans le même temps, le petit signe '+' indique que l'opinion publique (évoluant elle-même dans une boucle spécifique) augmente son niveau de prise de conscience et encourage ainsi la recherche d'alternatives.
• Il y a donc plusieurs logiques qui s'agencent. Elles sont complémentaires.
• Mais en même temps qu'elles s'agencent, certaines d'entre elles s'affrontent.
• Mais en même temps qu'elles s'affrontent, elles se stimulent (par compétition).
Les boucles sont ainsi le siège d'intenses évolutions :
• chez les microbes
• dans l'industrie
• dans l'opinion
• dans les recherches alternatives, ...
Par contre, à l'échelle globale, la logique reste la même. Si cette logique était livrée à elle-même, ce n'est que lorsqu'une logique dépasserait un certain seuil que les choses se renverseraient dans une direction plutôt qu'une autre.
Et ainsi, comme l'écrivait H.G. Wells : "La civilisation est une course entre l'éducation et la catastrophe".
Un exercice
Dans l'exemple ci-dessus, nous voyons que selon le niveau auquel on se place, on perçoit les choses différemment :• Les choses changent : l'opinion publique évolue, les techniques de désinfection évoluent, la population bactérienne évolue, les recherches évoluent... Que demande le peuple ?!
• Les choses ne changent pas : les maladies nosocomiales perdurent et même se renforcent, l'industrie pharmaceutique et chimique reste la seule pourvoyeuse de "solutions" (tandis que le problème perdure, donc "solutions" reste entre guillements), les hôpitaux n'ont toujours pas de solutions, l'opinion publique n'a pas encore pris les rennes de décisions politiques, etc... C'est désespérant !
Tous les POINTS DE VUE ont donc leur place, alors que la situation est LA MÊME.
Nous voici presque prêts à aborder une question brûlante :
"Existerait-il donc plusieurs types de changements ?"
Mais avant cela, un petit exercice, pour vous habituer à élargir vos boucles avec celles que vous irez puisez au sein du contexte tout autour.
