Exercice 1

Ces boucles qui gravitent tout autour de vous...
C'est à votre tour de repérer quelques événements qui se maintiennent dans le temps ou qui se produisent avec régularité dans certains contextes.
Vous allez pouvoir tracer vos propres boucles.
Puis en abstraire la logique, ce qui vous ouvrira certaines portes de changement et, pour commencer, de compréhension.

Et en premier lieu, en amont de l'exercice proprement dit, un petit préalable qui répond à la question : "Comment faire concrètement ?"

1. Petit préalable : Comment construire une boucle ?a) Les éléments à insérer



Les éléments reliés par la boucle sont des comportements et/ou des événements.

• Pour les boucles "internes", individuelles (une situation personnelle : votre façon de penser, de vous motiver - ou l'inverse ! -, ... qui ne passe pas par le comportement des autres) : ces comportements et événements sont vos ressentis (EI), vos perceptions (PI) et vos propres actions (CE).



• Pour les boucles relationnelles (entre plusieurs personnes, dont éventuellement vous !) : certaines boucles peuvent faire intervenir les mêmes éléments que les boucles individuelles, + les réactions comportementales des uns et des autres (CE).



• Enfin, pour les boucles parlant de systèmes plus larges (projet, système social, ...) : on laisse souvent de côté les éléments internes aux individus et on sélectionne des comportements collectifs et des événements plus "macro".

Pour résumer, vous sélectionnez les éléments à l'échelle du système que vous voulez voir. Tout dépend de votre zoom. En effet, nous allons bientôt voir à quel point les boucles pertinentes changent de forme en fonction de ce que l'on cherche à en tirer, et aussi en fonction du point de vue d'où l'on se place. Ce sera même l'objet de toute la dernière section du module Visée Systémique, parce que les répercussions de ce point sont énormes. C'est une bonne nouvelle : le modélisateur a un grand rôle dans l'évolution des choses !

b) Comment "approcher" la boucle ?

Nous avons vu que les boucles se présentent rarement à la porte en disant "Coucou, c'est moi !". Nous ne les percevons généralement qu'avec de l'entraînement.
C'est en les construisant que l'on en prend conscience. "C'est en forgeant que l'on devient forgeron".

Pour commencer, intéressez-vous donc à un comportement :
• Soit qui vous plaît (et vous voulez comprendre comment il fait pour avoir lieu aussi bien) : par exemple, le plaisir que partage un groupe particulier auquel vous participez. Il y a tellement de groupes dans lesquels on ne sourit pas que ici, il y a forcément une mécanique différente. C'est ce qui peut attirer votre attention.
• Soit qui ne vous plaît pas du tout : une réaction problématique, chez vous ou chez quelqu'un d'autre (commencez à vous entraîner avec les autres, vous y verrez plus clair. Et votre cerveau pourra mieux créer ses connexions de base. Ensuite seulement, appliquez ces même réflexions à vous-même et à vos relations).

Puis cherchez :
• CE QUI DÉCOULE "logiquement" de ce comportement 1 : vous trouvez le lien de "Cause-à-Effet" qui conduit à un comportement 2.
• Puis cherchez ce qui découle naturellement du 2. Vous obtenez 3.

Et ainsi, de proche en proche, jusqu'à retrouver un lien naturel qui conduit jusqu'au point de départ : vous aurez bouclé la boucle.
En général, une boucle simple contient entre 2 et 5-6 éléments. Mais ce n'est qu'une généralisation.
Et souvenez-vous : la question de savoir où commence "vraiment" la situation bouclée ne nous intéresse pas : ce commencement n'est qu'un artifice de la perception des gens, et change d'une personne à une autre !

Autorisez-vous à "brouillonner" un peu : c'est une compétence en soi ! En effet, vous pourrez avoir envie d'insérer un élément entre 2 autres, vous pourrez tâtonner, ... L'expérience montre que pour arriver à des boucles simples en apparence, au début ce n'est pas si simple !

Enfin, pour boucler votre schéma, reprenez votre boucle étape par étape en vous la représentant bien, et en vous représentant bien chacune déclenchant naturellement la suivante. Imaginez le scénario dans "la vraie vie". Vous pourrez ainsi vérifier que la boucle n'est pas tirée par les cheveux (ça peut arriver au début !), et que vous avez bien noté toutes les étapes nécessaires pour que le tout semble cohérent et logique. Si vous avez quelque chose de concret, de sobre et où tout est logique et naturel (une bonne mécanique bien huilée), vous avez une bonne boucle.

2. L'exercice lui-mêmea) Repérez là où quelque chose se passe

Repérez 1 à 3 événements ou réactions comportementales autour de vous.
• Vous pouvez commencer par votre milieu professionnel, avec des boucles qui concernent n'importe qui sauf vous.
• Puis, à la fin de cet exercice, vous pourrez le refaire avec des situations dont vous êtes partie prenante (dans le quotidien de votre métier)
• Puis le même exercice avec cette fois des situations personnelles.

b) Cherchez la boucle

Mettez à jour les comportements et leur enchaînement, comme présenté en haut de cette page.

c) Donnez un nom à la logique

Une fois que vous avez quelque chose qui vous paraît évident, l'étape suivante est de vous poser une question comme :
• "Et où tout cela nous mène ?",
• "Au bout de x tours de boucle, quel sera le résultat concret ?",
• ou encore "Quel est le sens global de ce truc ?".

Soyez à l'aise avec les petits noms que vous allez donner à la logique. Ce ne sont que des étiquettes et, de toute façon, ils sont arbitraires. Mais c'est vous qui observez le système. Comme tous les découvreurs, vous avez donc parfaitement le droit de donner un nom de baptême à votre trouvaille.
A titre d'exemple, on trouve souvent dans certaines situations problématiques en organisation des logiques comme :
• "Une Logique de Pénurie" : les choses font que tout le monde finit pas penser que les ressources seront trop limitées ; les gens s'entre-déchirent donc d'autant plus inamicalement qu'ils perçoivent que c'est une question de survie que de s'octroyer une part du gâteau, le pouvoir, ... Résultats dévastateurs et grand gâchis garantis !
• "Une Logique de Compétition" : "Je ne vais pas t'aider à atteindre tes objectifs parce que je dois être plus fort que toi ; sinon, ce serait toi qui serais plus fort que moi, et c'est toi qui aurais le pouvoir ; donc je vais faire mon possible pour te battre, et avec d'autant plus de hargne que je vois bien que toi aussi tu fais la même chose". Courant.
• "Une Logique de Coopération" : moins courant ! "Je vais t'aider à atteindre tes objectifs parce qu'à chaque fois que tu y arriveras, chacun de nous y trouvera son compte ; et d'ailleurs, je vois bien que toi aussi, chaque action dans ce sens t'encourage à m'aider à atteindre mes propres objectifs. Continuons."

A vous de trouver vos propres logiques "Logique de X". "Logique pour Y"...

d) Voir la structure "neutre"

Vous venez de mettre à jour une logique derrière des comportements, une logique qui les met en cohérence et qui éclaire les choses.
Vous pouvez maintenant vous entraîner à saisir le côté "neutre" de la boucle. Pour cela, généralisez chaque étape en vous posant la question "De quoi cette étape est-elle un exemple parmi d'autres possibles ?". Vous pouvez vous aider des schémas abstraits dans les pages précédentes.

e) Imaginez les points de levier

La boucle "neutre" que vous venez d'abstraire de la précédente vous indique des points sur lesquels vous avez peut-être du pouvoir : humeur, comportement basique, ...
Cherchez quelle est la marge de manœuvre des acteurs impliqués dans cette boucle.
Imaginez comment modifier simplement certaines étapes de la boucle. Imaginez à chaque fois comment les réactions ont alors des chances d'évoluer concrètement (grâce aux liens de "cause-à-effet" naturels) ; donc, comment la situation peut se transformer, en 1 ou plusieurs tours de boucle.

En vous appropriant cet exercice, vous vous apprêtez à mettre un pied dans le monde des systémiciens. Vous pourrez d'ailleurs revenir à cet exercice pour réchauffer tout cela de temps en temps. Nous n'en sommes qu'au début du module, mais vous avez déjà des repères précieux avec vous.