2 bis. Les 2 types de changement
Les apparences, les volontés, les "solutions"... et les faitsNous venons de voir que ce qui donne l'impression de changer (voire de changer tout le temps) peut très bien en fait n'être qu'une mécanique d'une grande stabilité.
• Tout dépend de mon regard.
• Tout dépend d'où je me place dans la boucle.
• Tout dépend de l'échelle à laquelle je regarde.
• Et tout dépend de la logique que je perçois.
Le Changement I
Revenons à notre exemple précédent, concernant une question, parmi d'autres, de santé publique. Nous allons voir à quel point sa solution n'est pas simple... à commencer parce que les "solutions" proposées n'en sont pas, pour la plupart.Rappel important concernant les scénarios présentés en exemples
Exemple : du point de vue des laboratoires
Un changement I consiste par exemple, pour les laboratoires, à inventer des produits de + en + redoutables.Ce grave problème de santé publique stimule donc la recherche. La légitimité des laboratoires évolue, leur place, leurs moyens, les finances. Les choses ont donc l'air de changer, de ce côté-là. C'est pour cela que l'on appelle encore cela du Changement. Mais ce n'est qu'un "changement de 1er ordre", parce que la logique globale, elle, ne change pas.
Prenons un peu de recul
Autorisons-nous maintenant à considérer les choses avec un oeil un peu plus critique.• Nous venons de voir que la légitimité de ces recherches, elle, évolue. Mais le fait que cette légitimité évolue, ça, c'est une chose qui ne change pas : pour l'instant, quoi qu'il arrive, cette évolution de légitimité est une constante. Les voix qui remettent en question cette légitimité ne sont guère écoutées.
• Même chose pour le côté financier : s'il y a bien une chose qui n'évolue pas, c'est bien cette propension à injecter de l'argent frais dans la recherche pharmaceutique pour des désinfectants de plus en plus puissants. Cette fuite en avant est quelque chose qui ne bouge pas d'un pouce. Et si un laboratoire concurrent au nôtre veut explorer d'autres voies de recherche, selon une autre logique que celle du "super-désinfectant", il aura quelques difficultés à trouver sa place, à faire comprendre sa légitimité, à trouver les fonds pour investir dans une voie alternative.
• Etc. Derrière des changements en surface, la dynamique globale reste la même.
En fait, si les petits événements locaux, vus séparément les uns des autres, ont l'air de changer tout le temps, cette apparence est trombeuse. Elle résulte d'un zoom trop étroit et d'un manque de cohérence d'ensemble. Mais pourquoi cela ? Parce que c'est plus facile de voir peu de choses en même temps que d'en voir beaucoup. Plus facile de penser à peu d'enjeux en même temps que de les embrasser dans une même perception. Plus facile de ne pas faire d'effort cognitif que de prendre du recul et d'envisager les choses sous un jour nouveau.
Si donc je regarde ces événements dans leur ensemble, je vois clairement que la SITUATION qui émerge de la rencontre de tous ces petits événements, ELLE, RESTE STABLE.
Comme Paul Watzlawick, célèbre chercheur et praticien du Mental Research Institute de Palo Alto, nous pouvons même dire les choses de façon lapidaire :
"Plus ça change, et plus c'est la même chose".
Une logique consommatrice de ressources
Mais que deviennent les "solutions" tentées ?
On ne pourra pas reprocher aux laboratoires de faire de grands efforts pour créer des produits de plus en plus efficaces. Qu'ils y gagnent ou non beaucoup d'argent et de pouvoir est une autre question. Le fait est qu'ils inventent des "solutions". Et cette intention-là est louable.
Mais c'est là que des choses curieuses se passent. Chaque nouvelle "solution" mise à disposition des hôpitaux nous fait faire un tour de boucle supplémentaire. Le problème existe encore, et de quoi s'est-il nourri pour se maintenir ? De cette "solution" ! La logique en jeu dévore donc les solutions et détourne les efforts à son profit !
Ceci est une constante :
• La nature-même d'une logique réveille des intentions louables : réagir aux événements !
• Mais les événements ne sont le plus souvent perçus qu'isolés les uns des autres (et non pas en boucle)
• Les réactions (des tentatives de solutions) deviennent donc à leur tour des événements qui s'enchaînent LOGIQUEMENT
• Ces "solutions" tentées font donc tout sauf remettre en question cette logique
• Elle sont donc "happées" par la boucle.
Et c'est ainsi que les meilleures intentions et les plus grands efforts viennent nourir, bien malgré elles, les logiques qui les ont fait naître. Au secours ! Y a-t-il une antidote à cet état de fait ?
Oui : apprendre aux acteurs impliqués à percevoir et comprendre la boucle elle-même, au lieu de rester coincés au niveau d'une perception superficielle des événements. Apprendre à penser en boucles est l'une des meilleures antidotes aux problèmes chroniques : dans les domaines économiques, sociaux, sécuritaires, politiques ; dans les conflits, dans les relations bloquées, dans les projets qui n'avancent plus, dans les motivations qui n'arrivent pas à être mobilisées.
C'est carrément un nouveau niveau de perception, de compréhension et de pensée qui se développe alors.
Alors, si vous en avez assez de vous laisser piéger par des situations inextricables, insolubles et trop durables, devenez systémicien(ne) !
Dans le chapitre B, très opérationnel, vous allez exploiter votre perception des choses en boucles pour créer des solutions systémiques.
Un petit exercice ?
Nous verrons très bientôt (au chapitre B) quel sort réserver aux "tentatives" de solutions qui, au nom des meilleures intentions du monde, entretiennent quand-même les logiques-problèmes.
Mais en attendant, voici un petit exercice (à faire avec légèreté, détachement et quelques minutes tout au plus).
Exercice
Passer à autre chose
Du changement I à des perspectives plus largesNous venons de voir que les meilleures intentions du monde peuvent donner des résultats pires que de ne rien avoir tenté du tout.
C'est qu'une intention ne suffit pas (et d'ailleurs, c'est à ce titre que l'Enfer en est pavé, c'est bien connu !). Une intention est une motivation. Un moteur. Elle a besoin d'être éclairée par une perception à la hauteur. Si vous tenez à vos motivations profondes, donnez-leur une perspective digne d'elles ! Offrez-leur une vision globale.
Si ma perception était étriquée (parce que j'étais trop le nez dans le guidon pour prendre du recul et voir les choses dans leur ensemble et leur logique), alors mes motivations seraient comme un moteur impétueux et disproportionné qui me pousserait dans le fossé. Et c'est exactement ce qui arrive quand le Changement I est appliqué à des problèmes (nous reviendrons sur cette question beaucoup plus loin dans le module : comment des Changements I peuvent aussi être très utiles à l'adaptation ponctuelle d'un système).
Mais vous avez une intégrité. Vous tenez à vos motivations profondes. Que vous les connaissiez bien ou que vous ne les ayez pas encore explorées beaucoup, elles font partie de vous. Alors, si le moteur paraît disproportionné, ce n'est peut-être pas de la faute du moteur, mais plutôt de la vision trop étriquée. En passant à une vision systémique, et en apprenant aux autres à faire de même, vous allez découvrir comment donner un vrai chassis et une vraie direction à ce moteur puissant. Et vous allez faire de beaux voyages avec.
Le Changement II
Quand les logiques se TRANSFORMENTTant que la logique restait le même, c'était le règne du Changement I. Chaque effort ou nouveauté était intégré dans la logique en cours. Les changements perçus restaient limités aux événements pris isolément.
Le Changement II ("changement de second ordre"), c'est lorsque la logique elle-même est remplacée par une autre. Par exemple, lorsqu'une logique de compétition est recadrée en logique de coopération.
En savoir plus sur ces 2 logiques
Avant d'aller plus loin : explorer la situation depuis plusieurs visions
Nous allons explorer des moyens de créer des Changements II à partir du chapitre B. Mais avant cela, il ne reste plus qu'à nous familiariser avec une excellente habitude de pensée : explorer les différents points de vue, les différents vécus insérés (et parfois enserrés :-) dans la ou les boucles.
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